UNE ANECDOTE DE RENÉ
TRISCOS
"LOISIRS PHYSIQUES"
Il parait qu'à bord des sous-marins
nucléaires on mange des croissants au petit déj' et
on s'extériorise dans une salle de musculation. J'ignore
si cela est réel mais, ce que je peux certifier c'est que
sur les submersibles de 1ère classe sortis des chantiers
entre 1926 et 38 on y dégustait des biscuits de mer
charançonnés. Quant aux sports avec une allocation
de 2 à 3m² par "tête de type de pipe" dans nos
postes d'équipage il n'était pas question de jouer
la Coupe du Monde de foot. J'ai connu cela mais on faisait preuve
d'invention et d'imagination. Exemples ?
En ce qui concerne le volley cela est venu par hasard, juste
pour "meubler" nos ennuis pendant les temps morts à
Cherbourg. Etant désuvrés et riches en temps
on a voulu se remuer en s'oxygénant car ce n'était
pas à bord qu'on pouvait le faire : on ne possédait
que des boîtes à soude pour éliminer le gaz
carbonique ! Qui a ramené un ballon? Je ne m'en souviens
plus. Aussitôt on imagina de tracer un terrain après
enlevé les herbes folles dans un périmètre
coincé entre deux pans de mur en ruines nous
protégeant du vent dominant, et, proche du bassin de
carénage. Ensuite on a tendu une solide corde ( un "bout"
en terme marin ) entre deux chambrales de porte traînant
dans les décombres, vestiges des bombardements de
forteresses volantes alliées. On était les Rois du
Sport dans notre Parc des Princes improvisé! Dès
qu'on avait un moment on "boxait" la balle (loin du style Beach
Volley actuel !!). Qu'importe s'il pleuvait ou "pleuviotait" et
à CHERBOURG ce n'était pas l'exception. Tout le
monde était admis, en bleu de chauffe, en sandalettes de
corde ou torse nu pour les plus intrépides. Quelle
débuache d'énergie; on brûlait des calories
avec joie, plaisir, en ce lançant des défis.
Bientôt un groupe d'acharnés s'est formé
par affinité et ce noyau d'enthousiastes est devenu
imbattable. A cette époque arrive un midship (aspirant,
enseigne de vaisseau) qui s'est proposé comme "officier
des sports"! Il nous a engagé dans le Championnat de la
1ère Région Maritime nous fournissant un filet
réglementaire et un ballon neuf.
Tant fut vite oublié et on s'est investi avec
d'autant plus d'ardeur et de flamme dans ce loisir. Très
vite on est devenu les plus redoutables de la rade. Le plus beau
match ? Ce fut celui contre le "RICHELIEU" (David contre
GOLIATH). Le 1500 tonnes contre le cuirassé de 40000
tonnes ou plus. Un équipage de 100 unités contre un
2000 ou plus ! Ils ont été ébahis de venir
jouer la partie aller sur un terrain très...
champêtre et d'y recevoir une déculottée
mémorable. Au match retour, sur le quai, (jetée du
HOMET ?) on a dû attendre ces "Messieurs" pendant plus
d'une demi-heure car ils étaient entre les mains du
soigneur après avoir dégusté le
déjeuner spécial sportif ! Ils sont arrivés
avec leur beau survêtement, impéccable, alors que
nous étions en short kaki (made in Marine !) Le titre se
jouait là, croyant nous mettre la "pâtée"
revancharde. Malgré la dizaine d'équipes
engagées on a sauvegardé notre virginité.
Invaincus ! Comme quoi les petits peuvent vaincre les grands. On
était fier et digne du "RICHE", modeste mais "GLORIEUX"
avant tout. Je crois bien me souvenir que le "RICHELIEU" aller
partir pour l'Extrême-Orient et l'INDOCHINE. Cette histoire
ne s'arrête pas là notre Officier des Sports venait
de recevoir quelques jours plus tard, un courrier lui
spécifiant que son équipe devait aller disputer la
finale nationale de la Marine, à PARIS, à l'Ecole
Militaire. Trois jours étaient prévus car il
s'agissait d'un tournoi triangulaire entre Marine PARIS,
(ça existait, aujourd'hui aussi ?)les moniteurs de
SAINT-MANDRIER (Toulon) et les "microbes" que nous étions.
Hélàs ! notre équipe-type n'existant plus
car il y avait eu les résiliations et les
libérations. Au diable on i rait ! De suite un
problème surgit : nous n'avions pas de tenues sportives
car le bleu de chauffe n'est pas très
élégant, surtout en finale. On allait devoir
emprunter un équipement aux Dépôts des
Equipages pour être convenables sur le terrain.(Photo
n°1) Malgré cela on ne va pas remporter le titre
on voudra jouer nos deux matchs dans la même foulée
ce qui arrangera bien nos adversaires. On allait battre PARIS
mais on s'inclinait devant les moniteurs toulonnais
supérieurement entrainés et motivés les
amenant à la finale inter-armes. Ils nous restaient donc
deux jours libres pour "fouiner" dans la capitale et, avouons le,
c'est bien ce que nous cherchions car certains avaient de la
famille dans le secteur, les autres restant libres de leurs
actes. J'en étais.(Photo n°2)
Tout compte fait on ramenait un bon souvenir de cet
"exploit". Pas vrai "SATURNIN" qui allait devenir international
de rugby à 13 ?, ou bien le blond MARSEILLAIS, ou le gars
de BÔNE, ou du quartier des pêcheurs à ORAN,
etc, etc...Quant à moi je ne me cantonnais pas qu'au
volley, à BREST, j'allais participer à des
comptétitions de marche athlétique, très
prisées en BRETAGNE à cette époque
là. Au stade Langonais, en junior, j'avais concouru dans
cette discipline m'amenant jusqu'au Championnat de FRANCE.
J'avais donc signe une licence à l'A.S. SAINT-MARC(Photo
n°3), club également cycliste ayant pour vedette
(JEAN?) MALLEJAC, Tour de France, mais allant avoir de
sérieux avatars avec le dopage ce qui n'est dons pas un
fléau nouveau. Il y avait aussi LAMBRECHT, le plus
français des Belges et qui allait terminer deuxième
du Tour, si j'ai bonne mémoire.
Cette section nous rejoignait lorsque l'on s'entraînait les
dimanches matin hors saisons. J'en ai connu des copains de route
: il y avait deux frères dont l'un était
marin-pompier(Photo n°4), un travaillant aux chantiers
maritimes, puis deux cheminots rennais dont l'un champion
d'Europe(Photo n°5). J'avais croisé bien
avant, un gars qui "rodait" les chaussures chez HUTCHINSON (U.S.
GATINAIS) et certainement celui que j'admirais le plus (mon
modéle?) et qui devait mourrir en déportation dans
les mines de sel en POLOGNE.(Photo n°6)
A l'A.S. SAINT-MARC on formait une bonne équipe disputant
des épreuves autour de BREST ou un peu plus loin : QUIMER,
QUIMPERLÉ etc... Un bon souvenir ? lorsque j'ai
terminé devant le champion sur route des 50 bornes bien
que n'arrivant pas en tête.
C'était un marchand drapier, camelot dans les foires et
marchés et donc très populaire. Il avait une allure
pas très élégante car il avait le cou
"tordu" et si ce jour là (à BANNALEC ?) j'ai
terminé avant lui c'est qu'il était...malade
l'ayant vu vomir en marchant. Un autre souvenir qui me vient en
tête ? On était à LAVAL et on avait
gagné par équipe le matin et à
QUIMPERLÉ l'après-midi. Non content de
çà, le soir, j'avais remporté le
radio-crochet avec "le petit chaperon rouge". Les organisateurs
nous disaient avec le sourire - "Vous êtes des vrais
crocodiles" car on ne laissait rien aux utres. Cela m'est revenu
en mémoire quand, plus tard, on qualifiait MERCKX du
même adjectif.(Photo n°7)(Photo n°8)
Dans toutes ces épreuves de kermesses ou de pardons et
fêtes il y avait de substantielles primes et prix
d'encouragement. Á bord j'avais de nombreux supporters car
on se retrouvait le soir autour de quelques ripailles ou boissons
et je me decontractais, après ces efforts, en allant aux
bals jusqu'à très tard dans la nuit. A ce
régime celà n'allait pas durer très
longtemps, et bien vite mes "performances" s'amenuisaient
m'obligeant à raccrocher mes "pompes" aux clous à
cause, justement, de mes "coups de pompe"!.
Malgé tout j'ai eu droit à quelques articles de
presse et notamment dans le journal "OUEST-FRANCE" où le
chroniqueur local ? COAT écrivait : "Le marcheur TRISCOS
s'entraîne sur un sous-marin". Cela fit son chemin
auprès des Officiers du bord ne m'accordant aucune
permission supplémentaire malgré leur
surprise.
En somme mon "truc" ne marchait pas. J'avais "loupé"
la marche... ( Elle est riche notre langue française.
)