![]() |
A.G.A.S.M. |
Sous-Marin « BERNOULLI »
( Toute cette documentation et ces schémas sont du livre de Gérard Garier « Sous-Marin en France » Des « Emeraude 1905-1908 au Charles Brun » 1908-1933 Tome 2).
Le sous-marin « Bernoulli » fait partie de la commande de seize sous-marins type « Brumaire 1» programmés en 1906 : le « Bernoulli » est le onzième de la série et porte le N° de coque Q.83.
Ce sous-marin conçu sur les plans de Maxime Laubeuf fût ordonné le 01 Novembre 1906 construit à Toulon en 1907, lancé le 1 er Juin 1911 et mis en service le 29 Octobre 1912.
Les autres sous marins de cette même série furent :
Brumaire I, Frimaire I, Nivôse I, Foucault, Euler, Franklin, Faraday, Volta, Newton, Montgolfier, donc le Bernoulli, Joule, Coulomb, Arago, Curie I et Le Verrier.
Les caractéristiques de cette série de sous-marins sont :
Déplacement : Surface 397 Tonnes
Plongée 551 Tonnes
Longueur 52, 15 m
Largeur 5,42 m
Propulsion Surface : 2 moteurs à pétrole système Diesel
Nb de cylindre par machine : 6 verticaux
Nb de tours par minute : 400
P. totale des machines en chevaux effectifs : 840
Nb de lignes d’arbres : 2
Propulseurs 2 hélices à 3 ailes simples dont le diamètre extérieur est de 1,5 m.
Moteurs électriques
Constructeur : Compagnie générale électrique de Nancy
Système : Multipolaire excité en dérivation
: 2 machines a un seul induit
: Voltage prévu aux bornes : 230 Volts
Puissance : 660 Cv. (330 pour chaque arbre)
: Nb de tours : 220 à 350 T/mn
Accumulateurs : Marque type Tudor embarqués du 20/5/1912
au 11/6/1912
: Nb : 68 éléments verticaux et 56 horizontaux
Armement : 1 Tube fixe d’étrave, 2 tubes carcasse placés sous la passerelle de part et d’autre du panneau d’accès AV.
4 appareils Drzewiecki placés sous la passerelle de part et d’autre
du kiosque et deux autres appareils à l’AR du brise lames.
maîtres et matelots soit un total de 26 personnes environ
( Armement de base) . Sur le « Bernoulli » il y avait 29 membres
d’équipage lors de sa disparition.
Quelques schémas de la constitution du sous-marin.

Ces sous-marins (Arago, Curie et Le Verrier) sont du même type que le « Bernoulli »




La marque repère du « Bernoulli » était BI : Ces deux lettres étaient peintes en blanc sur la partie supérieure du gouvernail de direction et ce sous-marin fût affecté à la première Armée Navale (théâtre de la Méditerranée).
Etant donné le zèle, l’entrain et le dévouement montré par l’équipage du « Bernoulli » pendant les essais longs, pénibles et délicats et au cours de la dernière traversée accomplie par ce bâtiment, je fais établir par M. le Lieutenant de vaisseau Dumont un état des hommes pour lequel il demandait l’attribution de points exceptionnels et compte vous adresser cet état par le prochain courrier.
Le Commandant de la 2 ème Escadrille
2 décembre 1912
Extrait du livre de Henri Le Masson « Les sous-marins français des origines à nos jours »
Le 29 Avril 1915, le « Bernoulli » (Lieutenant de vaisseau Desforges) est envoyé dans les détroits, avec mission d’attaquer les bâtiments de surveillance ennemis croisant entre Chanak et Nagara à l’entrée de la mer de Marmara. Il réussit la montée et la descente des détroits, surmonte tous les obstacles, toutes les difficultés, mais fais chou blanc ; aucun objectif ne se présente.
Le « Bernoulli » passe au bassin en novembre et décembre 1915 et la coque est en bon état.
Appréciation sur le « Bernoulli » : Au cœur de la guerre, elle est fournie par le rapport de prise de commandement du Lieutenant de Vaisseau René Audry.
Ayant pris le commandement du « Bernoulli » le 14 Février 1916, j’ai appareillé le même jour pour Brindisi ; pour une tournée sur les côtes ennemies ; tournée interrompue par le mauvais temps qui m’a fait rentrer au port le 1 er Mars (1916).
Tenue à la mer : Parti de Bizerte avec une forte brise de N.O qui nous a suivi jusqu’à l’entrée du Golfe de Tarente, ayant eu pour revenir des côtes ennemies une grosse brise de S.E., j’ai vu le bateau par des mers de 3 à 4 mètres à presque toutes les allures, le « Bernoulli » se comporte parfaitement bien. Un seul problème, celui de la ligne d’arbre Bâbord qui immobilise actuellement le « Bernoulli »
( Déclavetage du tourteau AV de l’embrayage à soies coniques) avait été prévu par le lieutenant de vaisseau Desforges : L’embrayage a toujours clapoté, l’installation de soies coniques n’y a rien changé. Les premières soies mises en place ayant été retrouvées matées furent remplacées à Moudros par le navire atelier Shamrock. L’Embrayage clapotant toujours, une réparation complète fût demandée à l’arrivée à Bizerte. On avait constaté en effet que les soies portaient mal, les logements dans les deux tourteaux n’étaient pas exactement en regard. On envoya à l’atelier le tourteau, l’arbre et la butée, demandant la rectification des logements des soies plus coniques mais rien n’y a fait.
A part ce problème, je peux dire que le « Bernoulli » est en excellent état. Je n’ai qu’à me louer du personnel, l’officier en second M. Serpette, est un officier énergique et plein d’entrain qui connaît parfaitement son bâtiment.
Les gradés et l’équipage sont très au courant de leur service et pleins de zèle.
Lettre écrite à bord le 14 Mars 1916 par le Cdt René Audry.

Le 4 Mai 1916, le « Bernoulli » torpille un contre torpilleur autrichien de 800 Tonnes le Czepel , dont l’arrière est détruit et qui a treize tués ou disparus et six blessés ; il échappe ensuite à un violent grenadage.
Le « Bernoulli » navigue fréquemment à 25m. de profondeur et l’habitabilité sur ce type de bateau est mauvaise.
Sur les sous-marins à construire, il faut simplifier le compartimentage excessif des logements, en supprimant les cloisons le plus possible. Les logements des officiers, fermant à clef, pourront être complètement isolés du reste du bateau. Loger les maîtres en un seul poste qui sera plus aéré que les chambres.
La cuisine électrique peut être conservée telle qu’elle est mais devrait être remplacée par des appareils séparés et facilement maniable. La cuisine à pétrole (de surface) est bien sur le pont.
___________
___________
Le Sous-marin « Bernoulli » :
Pendant plus de trois mois dans le voisinage de l’ennemi, toujours
en alerte, toujours prêt, a conservé jusqu’au dernier jour son ardeur
et son esprit d’offensive malgré des pertes s’élevant au quart de son effectif de torpilleurs et à la moitié de son effectif de marins.
S’est particulièrement distingué dans les opérations ayant abouti au sauvetage de l’armée Serbe en 1916.
(Citation insérée au bulletin Officiel du 4 Janvier 1919.)
Ont droit, à titre individuel, au port de la fourragère :
Les officiers et marins de tous grades qui se trouvaient embarqués à bord du « Bernoulli » le 4 Mai 1916.
Circulaire insérée au bulletin Officiel le 1 er Octobre 1916
Cachet du Service H.C.C. de Toulon Pour Extrait certifié conforme
Le Chef du Service de l’habillement
du Couchage et du Casernement
Maintenant, avec des documents aimablement prêtés par madame Odette Mado je voudrais vous parler de André Mado embarqué sur le Sous-Marin « Bernoulli ».
André Mado est né le 28 Juin 1895 à Marly le Roi dans le département de Seine et Oise.
Nous pensons qu’il fait sa communion en 1907 dont voici la seule photo en notre possession :

Au moment de son incorporation il occupait déjà une profession, celle de serrurier, et le 24 Janvier 1913 il rentre dans la marine comme engagé volontaire dans les conditions de la Loi du 22 Juillet 1886.
Il est immatriculé au 1 er dépôt sous le numéro : 33746.
Ses particularités sont : Cheveux Châtains
Yeux : Bleu clairs
Front Hauteur : Moyen
Largeur : Moyen
Nez Os : Rectiligne sinueux
Base : Horizontale
Hauteur : Moyen
Largeur : Large
Taille : 1,70 M.
Nota : par contre il n’y a rien pour la forme du visage.
Ses affectations :
5 ème dépôt de Toulon : Du 22 Janvier 1913 au 1er Avril 1913
ou il fût d’abord apprenti marin, puis apprenti électricien avant d’opter en tant que matelot à la spécialité de Torpilleur. Il fit ensuite son cours de torpilleur sur le :

Cuirassé Marceau : Du 1er Avril 1913 au 1er Oct. 1913
ou il fût nommé à la deuxième classe dans le grade de matelot suite à l’obtention du Brevet.
Torpilleur Carabinier : Du 1er Octobre 1913 au 8 Oct. 1916
ou il passa les épreuves de natation et eut son brevet le 10 Juin 1916.
André Mado fût ensuite affecté à l’escadrille des sous-marins de l’armée navale à compter du
8 Octobre 1916 et fût promu quartier-Maître Torpilleur à compter du 1 er janvier par décision ministérielle du 3 Janvier 1917.
La solde d’un quartier-maître ayant entre Quatre et Huit années de service était en 1917 de
3 frs/Jour et la prime sous-marins qui existait déjà était de 0,80 cts /Jour.
Nous pensons que l’équipe sportive représentée ci dessous est l’équipe de foot du « Bernoulli »
Le sous-marin « Bernoulli » a disparu corps et biens lors du 1er conflit mondial en 1918 et il est très difficile de définir la date car au vu du livret de solde ce serait le 11, pour d’autres ce serait le 13 et sur le monument des sous-mariniers qui sera érigé à Toulon il est noté que le sous-marin a disparu le 15 Février en ayant probablement sauté sur une mine devant Durrës (en italien Durazzo) qui est maintenant une ville d’Albanie ou existent encore des vestiges antiques.
Le nom de René Audry son commandant ne sera pas oublié et sera donné après la guerre à un sous-marin Ex-allemand l’U-119 incorporé dans la marine française.
Extrait du journal « L’Homme libre » du Dimanche 24 Février 1918.
La disparition du «Bernouilly » (Remarquez l’orthographe)
L’Héroïsme de nos équipages de sous-marins.
Une dépêche laconique nous a appris que le « Bernouilly » n’est pas rentré à la base.
Ce sous-marin était un submersible du type Laubeuf de 398 Tonnes de déplacement au minimum et de 550 Tonnes (Sur le journal il est marqué mètres) en plongée, long de 51,12 m large de 4,97 m. La puissance de son moteur en surface était de 1400 Chevaux ; il portait 7 appareils de lancement de torpilles.
Le 4 Mai 1916, il avait coulé un contre-torpilleur autrichien, le CZEPEL (noté crepel sur le journal). Un projectile de l’adversaire venait frapper un des périscopes du sous-marin, mais il avait eu le temps de lancer sa torpille à 120 mètres de distance et le Czepel disparaissait sous les flots. Le « Bernouilly », pour éviter un second contre-torpilleur qui accompagnait le premier, plongea à 25 mètres et fit route au sud.
A t’il heurté un rocher méconnu ou une épave qui aurait fait une déchirure à la coque et permis l’invasion (Noté invacion) de l’eau de mer dans un des nombreux compartiments ou se trouvent les accumulateurs, dont l’acide sulfurique, mélangé à l’eau de mer, produit des gaz chloreux asphyxiants
Qui obligent immédiatement à remonter en surface.
Un sous-marin en surface n’est plus qu’un mauvais torpilleur sans vitesse et sans artillerie, à la merci du premier destroyer venu.
A t’il été pris dans les filets d’acier, dont il n’a pu se dégager, essayant de forcer une passe.
A t’il eu ses deux périscopes brisés, ce qui l’eût empêché de naviguer en immersion car un sous-marin en immersion est aveugle.
A t’il été dragué par des tranlons ( ?), alors qu’il se reposait sur le fonds comme cela vient de se passer récemment en Angleterre ? ou a t’il été coulé en essayant de suivre le sillage d’un destroyer autrichien rentrant au port ?.
Les autrichiens ont ils adopté la manière de faire des anglais, qui ne signalent jamais le numéro
des sous-marins allemands capturés, ce qui a amené chez eux de très grandes difficultés pour recruter leurs équipages, et les reverrons nous à la passe.
Il est malheureusement bien probable qu’ils sont ensevelis sous les flots et qu’ils ont eu le plus beau linceul que des marins patriotes, comme ils le sont tous, aient pu rêver.
On ne connaît pas assez notre marine en France , on a parlé de l’amiral Rouarch et des héros de Dixmude, de la splendide attitude de l’Amiral Guyratte et des commandants, officiers et équipages des cuirassés qui ont essayé de forcer les Dardanelles ; mais les héros obscurs, ceux qui sortent avec leur dragueur de mines, les commandants, officiers et équipages des navires de guerre ou de commerce torpillés, les mécaniciens qui, jusqu’à la dernière seconde restent à leur poste sans défaillance, on les ignore presque.
Et je ne parle pas des aviateurs d’hydravion, des armements des petits dirigeables, sans compter les destroyers et patrouilleurs de la Manche et de la Méditerranée.
Pendant cette guerre la marine a fait preuve d’un dévouement inlassable, d’un esprit d’abnégation superbe , et il faut le dire hautement à tous.


La Mémoire du Q/M. Torpilleur André Mado et de ses 28 camarades du "Sous-Marin " Bernoulli" sera honorée sur le monument national des sous-mariniers qui sera érigé bientôt à Toulon
Fait par Claude ROGEL de la section des anciens sous-mariniers du Finistère « Minerve »